
E-mail
Bon ben, j'suis addict de vous lire quotidiennement. J'voulais faire un site afin d'savoir c'qui s'passerait entre nous. Être ensemble sans s'voir la binette me permet une liberté que j'n'ai pas au hasard d'une rue ou ailleurs. À Montréal, quand certaines personnes me rencontrent, sans me saluer la plupart du temps, elles me d'mandent si c'est moi ou pas.
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J'apprécie le surréalisme, mais sous cet angle-là ? Évidemment à cette question, ma réponse est souvent : "Non c'pas moi.» On est surréaliste ou ben don on l'est pas. Avec vos commentaires dans mon e-mail, nous devenons presque intimes. L'écriture demande un temps de réflexion, ce qui est légitime quand on a vraiment des choses à s'dire. Les puces sont dépucelées, l'émotion n'a aucune frontière sur la planète comme sur le Net. Merci.
Bref! Je n'sais pas si j'suis une vraie internaute et ça m'importe peu. Surfer c'est surtout aller vous rejoindre sur le e-mail presque au réveil. Vous êtes chez moi et j'suis ravie d'vous accueillir. Au fait, vous prenez votre café avec ou sans sucre ?
Après quelques mois, l'évidence c'est qu'je change pas souvent mon site. Dites-vous bien qu'il est Progressif. Il évolue de cette manière car j'ai besoin d'vivre c'que j'écris pour Outsider. En fait, c'qui prend le plus de mon temps, c'est l'écriture de ma performance à l'automne. "Réservé» qu'à nous, cher public.
J'ai attendu longtemps le théâtre Corona pour recevoir le monde. Quant à lui, il attend patiemment que des fonctionnaires le considèrent en investissant sur lui pour le faire fonctionner, à nous d'le faire revivre.
Au moins j'l'ai habité à ma manière, en lui écrivant un show. Un show au chaud dans mon bureau attend, ça fait ben des attentes en même temps. Sans abandonner ce projet qui m'tient toujours à coe;ur, les années passent et m'amènent cette fois à un autre lieu qui peut vous surprendre et vous ravir. C'est ce que je souhaite.
Sachez qu'ça prend du temps pour que tous les éléments soient réunis en harmonie avant que j'accepte de retourner vers le public.
Mon journal Outsider ne gagnera certainement pas de trophée chronologique.
Quoi ?
Quoi ? comment quoi ? Maintenant, y'a des prix pour n'importe quoi.
Saint Valentin priez pour nous
Enneigée jusqu'au coe;ur un 14 février, je regarde la neige immaculée qui veut tout envahir. Ça m'rappelle mon enfance quand mes parents n'arrivaient pas à ouvrir la porte d'la maison pour qu'j'aille à l'école. Aujourd'hui ma porte est ouverte sur l'amour où poussent des fleurs sur la neige.
Oh attention! tu te répètes, tu oublies que tu l'as chanté ? Mais non, pas cette fleur-là, aujourd'hui j'ai reçu des roses de toutes les couleurs. Ces belles ont changé de refrain puisqu'elles sont signées bonheur. Blancheur neige comme un voile de mariée qui n'en finit pas de s'étendre pour contraster avec le rouge passion des coe;urs amoureux.
Ouais! sors tes prismacolors et change de tons.
Bon! Bleu grand comme le ciel, jaune ardent comme un soleil, vert tendre d'Irlande, mauve guimauve.Trop bonbon, ça va te donner mal au coe;ur.
Bon alors! Champagne, caviar, portion de saumon d'Atlantique et musique maestro. J'ai envie d'amour comme une rage de chocolat, plus j'y goûte plus j'en veux. Le chocolat "cé brun», pis ?
De couleur noisette sont ses yeux que j'voudrais manger. Dans son regard je vois le paysage du paradis débordant de fruits.
T'as ben faim!
Y'a d'quoi après dix ans d'solitude.
Alors t'es pu raisonnable!
Raisonnable en amour. Ça va la raison, pis si elle se perd dans l'amour, elle retrouvera bien son chemin, toute seule. Aujourd'hui et jusqu'au dernier jour, j'voudrais qu'tout l'monde soit heureux.
T'exagères!
Ah oui! Alors! D'l'amour pour tout l'monde et à volonté. Y'en a marre de cette impuissance devant la détresse et la misère du monde. Cette fête presque païenne a tout le mérite d'être un signe d'amour, un passeport d'humanité.
D'une maison à l'autre
Pendant les mois qui sont déjà au rythme du temps passé, j'ai fait plusieurs voyages en Europe. Accompagnée de mon ange, j'suis moins angoissée sous les ailes des 747 et j'peux lire en paix. La conversation entre Jean-Claude Carrière et le Dalaï Lama est philosophique.
Je n'me permets pas de donner mon appréciation en tant que critique, j'ai ce sens-là mais je n'le suis pas, et surtout j'veux pas l'être. Pourtant, depuis que j'poursuis ma recherche sur cette pulsion de l'homme vers l'au-delà, ou je n'sais pas comment appeler ça, le Dalaï Lama me fait l'effet d'une source.
La bénédiction du Pape est loin de m'faire cet effet-là. Si le ciel est un immense point d'interrogation sur les trous noirs que les scientifiques ne s'expliquent pas encore, si les écritures n'évoluent pas avec les siècles et si on tue au nom d'un "dieu» ou d'plusieurs et qu'on se suicide en groupe dans les sectes en cherchant un idéal. Big Bang, d'où venons-nous et où allons-nous ? Cette fois ma raison n'accepte pas ce néant.
Premier décembre à Genève, je participe à un événement SidAide qui dure trois jours. Je fais partie du spectacle "Femmes contre le sida"À cette occasion, je m'impose de chanter un nouveau texte : "Pour qu'il n'y ait plus de romantisme» sur une musique de Marie Bernard.
J'imagine la solitude des exclus, qui est inadmissible à notre époque (c'qui prouve que le système est pourri ) alors quand j'pense aux sidéens, là, je n'imagine plus rien et j'chante comme on prie.
Comme accessoire de scène, j'ai une chaise pour imager la faiblesse des corps si malades. Parler dans des termes showbiz, c'est bien sûr choquant, aberrant, y'a pas d'mot pour le dire. Pourtant sur ma chaise, je chante de tout mon être le désespoir.
La froideur du public est tellement évidente devant cette nouvelle chanson que j'y sens jusqu'à de la peur. Ma tristesse s'intensifie quand j'attaque "Oxygène"En criant désespérément, j'essaie de faire sortir toutes les notes de mon corps jusqu'à en faire un anticorps.
Le public est là pour une " bonne cause», moi aussi, mais y faut pas qu'ça fasse mal. Que voulez-vous, m'sieurs dames, c'pas moi qui ai à mon répertoire le thème de "Blanche Neige», Hy I ,Hy Ho! , qui arrive à vous sécuriser à la fin du spectacle en vous faisant taper dans les mains comme des p'tits nains qui r'viennent du boulot dans un sourire gaga.
Ce genre d'énergie hors contexte me laisse perplexe. J'espère que nous sommes tous là, parce qu'il faut faire quèque chose au plus criss, pour nous sortir de cette souffrance mortelle.
Le lendemain de la "représentation» j'me rends à "La Maison"Une immense demeure qui accueille plusieurs sidéens.Cette terrifiante réalité s'ouvre sur de si beaux sourires. En regardant certains résidents, je croise des regards inoubliables. Que dire ? Que faire ?
J'peux vous prendre une cigarette ?
Il sont plusieurs à m'en offrir.
Vous ne vous ressemblez pas.
Hum! Vous vous attendiez à c'que j'aie les cheveux platine ? Mais j'vieillis !
Ils ont tous éclaté d'rire, et moi donc. Comme si cette évidence correspondait à la leur. Les gens que j'vois ont à peine vingt ans et leurs corps sont plus meurtris que ceux des vieillards.
Une seule personne autour de cette grande table avait assisté au spectacle. Quand on a une grosse grippe on n'a pas la force de sortir. Imaginez quand on n'a plus la force d'attraper une grosse grippe, car elle peut nous tuer. Cette jeune femme audacieuse m'apprend que mes cris dans "Oxygène» lui ont fait du bien. J'aurais voulu oser crier à l'instant même de toutes mes forces pour ceux qui n'en ont plus.
En quittant "La Maison» j'ai regardé certains résidents au salon qui m'disent au revoir. Un des intervenants, comme un bon père de famille, m'a montré un grand livre où sont écrits des messages de ceux qui ont vécu dans cette grande demeure.
Si l'énergie se transmet à distance, je leur envoie le plus souvent possible mes pensées les plus positives pour de l'espoir, même si, à la nuit tombée, des cercueils quittent "La Maison» pour un paradis où on ne souffre plus.
Durant ce bref séjour en Suisse, j'ai eu un immense privilège, celui de rencontrer un être rarissime, un maître de musique. Maître Alexis Weissenberg. Cet homme dont je n'aurai jamais de qualificatif assez fort pour exprimer mon respect, mon admiration. Dans ma vie d'chanteuse, même si je suis peu sociable, j'ai eu l'occasion d'être présentée à quelques sommités.
Pourtant, rien de comparable quand je suis en présence d'Alexis. Il m'a permis de l'appeler par son prénom. J'voudrais arrêter les heures que j'passe en sa compagnie. Dans quelque temps j'vous offrirai un sublime présent. Celui qu'il donne par sa présence. Je reviendrai vous parler de ce maître, qui m'honore.
L'homme rapaillé
Quand Thérèse Renaud m'a téléphoné pour un hommage à Gaston Miron qui se ferait à "La maison des écrivains», à Paris, je fus très touchée qu'elle pense à moi. C'est sûr, les hommages et les prix, ce n'est pas ma tasse de thé.
Mais justement cette fois, l'hommage a tout son mérite. Surtout qu'on n'osait pas me d'mander de traverser l'océan pour chanter quelques minutes. Quelques minutes valent une éternité quand on touche à un sentiment qui n'a que faire du temps.
Je connaissais bien sûr l'importance de Gaston Miron, pourtant j'avoue que je n'lis pas beaucoup de poésie. Même si la neige a neigé, je n'ai jamais apprécié à leur juste valeur certains grands poèmes. Ben oui, c'est désolant. Pour moi, la poésie est en mouvement dans bien des événements de la vie, mais dès que j'me centre sur un livre de poèmes, j'trouve ça abstrait.
J'me coince dans des vers, des rimes, des quatrains, des alexandrins ... Avec "L'Homme rapaillé» et sa passion pour notre langue, Gaston Miron me donne une chance de m'rattraper en m'ouvrant toute grande la porte sur la beauté qui, dans ses mots, embellit ce qui m'entoure. En tournant les pages de "L'Homme rapaillé», la poésie devient naturelle, j'n'ai pas l'impression d'la lire, mais d'la vivre.
Il a écrit une seule chanson "La rose et l'oeillet"Pour retrouver cette chanson, j'ai fait la connaissance de sa compagne Marie Andrée et de sa fille Emmanuelle. Près d'elles j'me suis rendue jusqu'à la rue Verneuil, à cette maison des écrivains. Sur cette même rue habitait un autre homme pour qui j'avais infiniment d'estime, Serge Gainsbourg.
Cette soirée fut d'une grande qualité émotive. Les écrivains, les invités transcendaient une profonde admiration, un immense sentiment de tendresse envers ce poète, un géant de notre histoire. Lorsque que M. René Lévesque est mort, j'me suis dit, il manque une fleur de lys à notre drapeau. Avec le décès de Gaston Miron, il en manque une deuxième.
Musée d'art contemporain
Au Musée d'art contemporain jusqu'au 27 avril, y'a l'exposition de Mousseau. Impressionnant ce talent sous plusieurs formes. Mousseau a eu comme professeur le frère Jérôme. J'n'ai jamais pris le métro à Montréal, mais là, ça m'tente d'aller voir ses oeuvres sous les pieds des passants. J'ai bien sûr dansé à la Mousse-Spacthèque et apprécié le chef cuisinier de "Chez son père».
J'lève mon chapeau bien haut pour les créateurs qui présentent leur art dans l'monde. Faut-il bannir les vernissages aux goûts désuets de petits fours où les l'intellects de skaï rendent l'art élitiste et déshumanisent certains chefs-d'oeuvre. Si l'art devient une vibration qui s'installe dans la vie des gens, il anoblit leur quotidien par la créativité d'un artiste qui ose se dépasser en l'offrant au regard de tout l'monde, c'qui aide sûrement à vivre puisque tout est énergie et interactif.
J'vais peut-être avoir besoin de petits fours en plastique, moi aussi ? Je donne mon avis, mais j'sais que je n'possède pas la vérité. Malgré mes cinquante ans bien entamés, le système ne m'a pas encore nivelée.Tant pis, tant mieux ? I don't know. Et que faire de toutes ces années de showbiz, qui ne m'ont pas domptée à dire comment chu fine, bien, tien, ouf! pouf! pis zut.
En descendant les marches pour me rendre à la salle Waverly, j'suis surprise par cette robe théâtre de Michel Robidas, conçue pour une animatrice télé. C'est une copie, une évolution entropique d'la fameuse robe théâtre qu'j'ai portée dans "Top Secret"Que c'est désolant d'la retrouver dans ces conditions-là.
J'étais au courant de cette exposition, puisque Michel m'avait demandé quelques accessoires pour ajouter à ce costume. Les deux marionnettes sont là, inertes, presque par terre. À les regarder comme ça, j'voulais les ramener à la maison. Hum! c'est pas évident de prendre un objet exposé dans un musée.
Je ne tiens pas aux "biens» terrestres en tant que tels. J'ai perdu beaucoup d'choses dans l'feu que je ne regrette absolument pas. Mes costumes de scène représentent du rêve, ils appartiennent aussi au public, pis en plus ils ont été sauvés de l'incendie. Donc, j'ai pour cette matière beaucoup de respect.
Mais là, d'voir cette merveilleuse robe diminuée, comme le résultat d'un parcours, j'avoue que j'trouve ça étonnant, dommage, tristounet. Il est vrai qu'ma robe théâtre n'existe plus entièrement. Son armature est défaite et de toute façon, je n'l'aurais pas prêtée.
J'avais déjà prêté la robe japonaise signée Robidas au Musée de la Civilisation, à Québec, pour "Je vous entends chanter"Cette exposition fut un succès, pourtant, j'ai eu l'envie d'aller la chercher, elle aussi. Ben oui! J'me voyais sortir du musée en robe kabuki, revenir en Cherokee jusqu'à Saint-Henri, une aventure des plus épiques.
Y'a quèque chose qui m'choque dans cette forme de présentation. En tout cas, je n'ai pas accepté que la robe aille, pour la même exposition, au Musée Juste Pour Rire. Justement là, j'trouvais pu ça drôle.Y'a des limites, pis si j'veux qu'mes costumes entrent au musée, à partir de maintenant, j'vais m'en occuper personnellement.
Au fait, avez-vous vu l'expo du photographe William Wegman ? Cendrillon et le petit chaperon rouge font face="Helvetica" Grrrrr! Wouf! Ah! la synchronicité est dans l'air que l'on respire.
Mars
Je n'suis pas encore sur une autre planète et j'n'aime pas cette marque de chocolat. J'ai les deux pieds, du moins j'l'espère, dans la grosse pomme. De retour in New York qui s'fait vanter d'tous bords, d'tous côtés
Ah! Ah! Ah! Arrêtez j'vais finir par y trouver un plaisir sexé.
Mais ma chère! ce n'est pas la saison d'faire un pique-nique.
Ho non, y fait frette, où sont mes bobettes, la trottinette... Brrr! j'n'arrive pas à jouer avec la maudite machine du chauffage dans ma chambre d'hôtel. Amenez-moi au high school le plus proche, c'est urgent, je n'sais pas m'servir de toutes les machines différentes qui s'trouvent sous ma main. Malheur à moi, j'suis pas douée.
Bon ben, j'ai pas l'choix. À ma robe de nuit Yves Saint-Laurent s'ajoute une chemise à carreaux californienne. Aux pieds, pour faire décontractée, j'porte les fameux bas gris d'travailleur, agrémentés d'la petite ligne rouge. Le tout nommé "sans chichi y fait pas chaud».
J'suis seule pour une semaine, personne me r'garde et si j'meurs g'lée, on trouvera bien d'où j'viens. Sa p'tite jupe carottée, son p'tit jupon piqué. Pas piqué des vers, ça, j'l'ai déjà dit. De grâce! pour le sex symbol qui en a ras l'bol. Rassurez-vous, j'ai aussi d'la lingerie à pâmer mon miroir jusqu'à lui, lui, lui.
Après un léger petit-déjeuner, j'quitte Greenwich Village par un froid de canard "coin coin"D'ailleurs, pourquoi dit-on un froid de canard, il fait un froid d'ours polaire sous un soleil inquisiteur. Taxi jaune, chauffeur indien, direction Madison Avenue. Au Whitney Museum, encore! De c'temps-là, j'ai l'fixe sur les musées. Aujourd'hui c'est moitié prix, la plupart des "floors» sont en rénovation. Demain, tout sera ok. Oh! I'm very lucky. Ça n'fait rien, j'suis sortie de mon coin, coin d'grizzly.
En grelottant clopin-clopant dans un lèche-vitrine sur Madison Avenue que j'touve trop parisien pour moé, j'm'étonne à reconnaître jusqu'aux parfums des passantes les mieux huppées. "Tendre poison» de Christian Dior. "L'Heure Bleue» de Guerlain, tiens tiens est-ce du Givenchy ?
Pis "chy» tannée d'ce luxe, j'trouve ça platte à côté des vitrines funky de Soho. Les grandes maisons parisiennes de la rue Montaigne ont tout l'chic qui permet au luxe de faire partie des murs, ici, ça sort des murs. Quand j'y r'pense, y'en faut au moins une tonne de parfum pour qu'ça sente en plein hiver.
N'ayant pas l'sens de l'orientation, j'me perds dans la bonne direction. Bravo! C'est pas nouveau, ce goût d'aventure d'une rue à l'autre. On n'sait jamais, peut-être que j'vais vous y rencontrer.
Ben non, j'vous ai pas vu et j'me r'trouve devant Radio City. Quel édifice tout d'même, c'est magnifique ce théâtre art déco.Surtout qu'ça m'rappelle ma jeunesse quand mon père et ma mère m'amenaient voir les fameuses Roquettes.Tout une parade bien alignée de jambes en l'air. J'rêvais d'en avoir des pareilles, des centaines en même temps.
Mesdames et messieurs, ce soir au freak show, une monstresse à deux cents pattes qui peut chanter ben ben haut. Ça tombe bien. Ah! trêve de plaisanteries, j'voulais voir un show d'danse : " Lord of the dance».
J'me réchauffe quelques secondes en r'gardant l'affiche quand une sorte de police me demande c'que j'veux. J'veux sortir d'icitte pis rendre de compte à personne. J'prends les jambes à mon cou quelle position inconfortable pour filer sur la 5th Avenue. En fait, je r'viens presque sur mes pas, une façon d'danser à reculons.
Le froid m'donne des claques dans face. Ça va, d'être fouettée, je n'suis pas Saint Sébastien pour endurer la souffrance sans l'alléger. J'vais m'réchauffer de St Thomas Church à Saint Patrick's Cathedral. Pas mal quand on aime la somptuosité. Que voulez- vous, j'me sens bien dans une église.Y'a beau s'creuser le mysticisme, de toute évidence ces grands espaces sont faits pour méditer. Je lis et lis encore sur le bouddhisme.
C'est loin d'être naturel pour une baptisée conventionnelle de saisir le sens profond de la vacuité et comment mettre en pratique ce "JE» qui n'existe pas. Oye, j'suis pas sortie du bois. J'ai l'impression qu'il faut qu'j'demande aux anges de m'aider à comprendre. Mais j'n'ose pas, par crainte d'les vexer. My God, où êtes-vous ?
Ça va, j'en ai assez de m'les geler. Comment ça, vous n'en savez rien, ça n'se porte pas seulement dans des pantalons d'hommes ces machins-là. Avec ou pas, j'veux rentrer dans ma p'tite chambre de carmélite, écrire un peu et p't'être beaucoup, je l'sais-tu moé ? Au power book, j'écris, j'écris, j'suis mordue de frénésie.
Ça dure des heures, oui c'est parti sans parti pris, j'me prie d'trouver une dimension nouvelle pour ces représentations que je présenterai en septembre. J'écris des textes, serviront-ils ? Je l'sais pas. J'suis le rythme de mes doigts, le beat est là, j'pense en quatre quatre. Go go let's go, pendant qu'ça passe, c'est pas souvent que c'est comme ça. Cet état-là dure près d'une semaine, je n't'appelle pas, j'm'éloigne de toi, loin de ta voix pour que tu m'manques jusqu'à l'extrême. Oh I Love Yo So Ho!
En revenant à mon hôtel, Guy Latraverse est déjà là. Aujourd'hui j'ai d'la visite et tu s'ras là plus tard. J'suis sortie d'mon silence, j't'ai parlé hier soir. Au Café Reggio avec Guy, le producteur avec qui j'ai fait presque tous mes shows au Québec, nous discutons bien sûr de spectacles. Ravie d'le retrouver dans un autre décor, je m'attendris sur ses cheveux blancs qui lui vont si bien. Les années de fidélité dans mon métier sont une récompense.
Malgré la dimension de certains projets que j'voudrais faire, je m'oblige à me concentrer sur celui que j'écris ("Réservé») pour nous. C'est très difficile d'entreprendre plusieurs projets à la fois, en fait ça devient terrifiant. Un trac par-dessus l'autre peut-il finir par une attaque cardiaque ? Guy Latraverse est là et ce n'est pas un hasard. D'ailleurs, y'é là depuis longtemps. Assez pour que le show-business au Québec le remercie d'être le premier à l'avoir fait bouger. Les autres n'ont eu qu'à suivre une route qu'il a tracée.
Il est presque six heures, l'avion a eu des difficultés ? Arrive bel amour, j'n'attends plus qu'toi. Même en boule, je n'supporte pas l'attente. Les oreilles aux aguets j'reconnais les roulettes d'la grosse et lourde valise grise. J'ouvre la porte, j'vois ton sourire et j'te mange des yeux.
Que c'est plaisant de s'retrouver, cher allié. En regardant tes lèvres pâles, j'vois bien qu't'es super fatigué. Couchée près de toi, ma tête fait des voyages dans un rêve qui ne me quitte pas. J'pense au public qu'il me faudra retrouver avec ce créateur qui dort dans mes bras en toute confiance. C'est avec lui que je me rendrai jusqu'à vous.
Nous n'avons pas l'temps d'voir des spectacles. J'vous conseille Blue Man Group que j'ai vu à plusieurs reprises.
Il était en studio pour son nouvel album. Pendant une pause on a pu se voir une heure. Quand il m'a serrée dans ses bras j'ai eu l'impression qu'le Sénégal m'enveloppait. La première fois que j'l'ai rencontré c'était dans son pays, à l'occasion du premier show contre l'apartheid, sur l'île de Gorée.
De m'retrouver, après toutes ces années, près de Youssou n' Dour dans les grandes rues à chercher un restaurant afin qu'on puisse se voir un peu, c'est presque irréel. Au Red Eyes, entre un plat de crevettes mangées rapidement et des clic- clics pour des photos, il me parle des enfants d'Afrique. Je n'en dis pas plus, car cette rencontre a ses raisons. Qu'il est beau cet homme-là, avec son pays dans ses bras, sur son coe;ur, dans sa peau. À bientôt, Youssou.
J'avoue qu'entre ma solitude qui m'a permis d'écrire et d'placer ma tête dans la seule direction qu'il se doit, vers le public, les rendez-vous les plus attendus viennent troubler mon sommeil, l'insomniaque n'aura pas de repos. Trop d'idées en tête, les visites ont des suites. Pour tout d'suite j'me remets à la saga des fourmis de Bernard Werber. Y'en a à dire celui-là, surtout pas n'importe quoi. Moi, qui m'sens comme une fourmi face aux buildings d'la mégaville, j'suis servie. Quelle aventure que cette lecture, c'est passionnant.
Je n'crois pas qu'ce soit que d'la fiction cette encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu. Maintenant, j'peux même plus tuer une bébitte, comme dans l'bouddhisme. J'regarde mes doigts roses, j'les vois géants, écrasant la vie du microcosme. Serions-nous à ce point prétentieux, sans aucune notion de c'qui nous entoure, comme si nous étions les maîtres de l'univers ? Des enfants inconscients prenant tout pour acquis. Quelle illusion! Nous croyons notre évolution loin de l'homme de Cro-Magnon. Les fourmis existaient au temps des dinosaures, y'a d'quoi prendre des leçons d'civilisation. Non ?
Vendredi huit heures. Quand j'arrive chez John et Anne Strasberg j'sais d'avance que ma soirée sera mémorable. John a terminé son livre que malheureusement j'n'ai pas pu dévorer malgré l'envie intense d'en savoir encore plus sur c'qu'il pense. De n'pas parler anglais et de n'pas l'lire ne m'a jamais vraiment dérangée. Évidemment, y'a pas d'quoi être fière surtout que face à John, j'vois bien qu'il y'a un manque.
À cause de cette lacune, j'n'ai pas profité de son invitation à l'Actor's Studio. Il est là, notre amitié se solidifie, que demander de plus ? Quatre Outsiders sont réunis dans un appartement au vingtième étage où les échanges d'idées et de parcours me rassurent.
L'inquiétude me pèse plus souvent qu'à mon tour, avec ma vision sur le système qui m'tombe su l'système et ma responsabilité envers nos convictions. J'suis grognon ou lucide ? Un grognon lucide. On m'dit que j'vois le verre à moitié vide, en fait j'le vois rempli souvent de riens.
C'est sûr, ce n'est pas l'chemin le plus facile que celui d'regarder la réalité sans s'en détourner. La réalité est-elle vraiment celle que l'on perçoit ? En science quand c'est simple, c'est compliqué, alors quand c'est compliqué c'est quoi ? Anyway, j'imagine la facilité aveugle avec un rire gras éclaboussant comme une immense tache insipide le sens profond de la vie.
Le monde court après l'argent dans leur voiture à toute vitesse pour arriver au plus vite à s'effoirer d'vant la télé. Réveillez-vous, faut pas dormir dans graisse de bines. Se d'mander du nouveau, c'est refuser son bonbon d'aliénation. Le changement est le processus du changement. L'interactivité existe dans tous les instants de l'univers. Si ça bouge dans un monde, ça bouge dans l'autre. Si tout est stagnant ça sent la merde partout.
J'vous avoue que lorsque j'écris c'que j'pense, j'sais qu'c'est pas ce qu'il y a de plus vendeur, mais j'ai rien à vendre justement. Le changement ce serait qu'on donne tout simplement. Avec John, Anne et Richard, ma soirée est un enchantement dans le pays où le rêve n'est pas endormi.
Il réveille une force individuelle, c'qui n'veut surtout pas dire du chacun pour soi, sur cette fameuse terre. Dépasser la condition humaine sans condition. Retrouver la liberté d'agir pour essayer de nous élever au meilleur de nous-mêmes dans nos différences, nos paradoxes, nos talents, notre amour.
Les heures passent trop vite chez les Strasberg. Elles s'accompagnent d'éclats de rires, soulignés de regards complices qui s'imprègnent dans ma mémoire. J'regarde John au fond du salon qui me dédicace son livre. J'suis émue par sa générosité, sa disponibilité et cette humilité qui n'appartiennent qu'aux grands personnages. La belle Anne est peintre. Ses toiles enjolivent les murs de l'appartement qui sent la bonne tarte aux pommes. Quelques-unes de ses oeuvres sont exposées dans En ChantieZ.
Il nous reste une journée pour explorer encore des musées. C'est l'obsession. Au Guggenheim Museum de Soho: "Bill Viola: Fire, Water, Breath"Une expérience vidéo-installation entre l'eau et feu. Assez impressionnants ces deux contrastes simultanés. À l'étage Art Fashion, la mode en sculpture, décidément, les costumes sortent de leur territoire.
Taxi! Devant le fameux Guggenheim Museum, nous y arrivons presque épuisés. Il fait tellement froid que t'es le seul qui a l'courage de t'faire photographier. Cent ans de sculpture c'est un programme que tu n'peux ignorer. Ton enthousiasme m'en apprend sur cette exposition.
Mon merveilleux professeur m'impulse le désir d'apprendre, en plus de vouloir toujours l'embrasser dans ses exposés. Il connaît toutes les oeuvres qui y sont présentées. De Rodin à Calder, de Picasso à Duchamp, d'Oldenberg à Moore jusqu'à tous les autres. Je saisis une de tes mains qui sait sculpter la matière, du granit au carton. En la touchant, j'la serre entre mes doigts. Ce geste des plus banals me remplit d'émotion.
C'est évident qu'entre lui et moi s'impose une "transe fusion"Cet éclatement est un mariage prévu pour l'automne prochain entre l'art de la scène et les arts visuels. Chercher une autre forme pour retrouver le public. Encadrer notre interémotion pour en faire une oeuvre contemporaine. J'me prépare à vous, à vous avoir près de moi. Le temps passe si vite. J'ose presque vous dire à tout d'suite.
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