Outsider 4

La p'tite Bourgogne, PQ. Octobre '96

Ça y est, le site fonctionne, les internautes peuvent surfer chez moi. Maintenant qu'on peut lire Outsider j'l'ai relu une fois d'plus. Votre présence lui donne une autre dimension. Le courrier sur e-mail me prouve que j'suis dans la bonne direction.
Les messages sont remplies d'émotions et que dire des textes talentueux pour "Électrique" qui est sous l'choc. Bon ben! j'continue d'abord, carnet de bord à tribord ou bâbord, j'me pitche encore.

Voyage préhistorique.

L'automne impose sa beauté et éloigne l'été avec des images de champs de blé, de tournesols qui font face="Helvetica" la baboune au soleil en penchant leurs auréoles en fleurs pour dire qu'y en a marre de l'overdose de chaleur. Foie d'oie, fritons de canard, vin de Cahors, délices du Périgord, en route vers Lascaux. C'est un enchantement de visiter la France.

Changer de région pour découvrir des lieux magnifiques où l'art se trouve aussi dans votre assiette et dans une bouteille. Je profite du paysage même si quelquefois des kilomètres de trop me rappellent mes tournées où je n'ai pas l'temps d'regarder une étiquette de moutarde, surtout à Dijon. Cette fois, il n'y a pas d'heure pour la répétition avant l'show et ma fatigue a le loisir de s'reposer.

Je n'prends pas de notes durant l'été, je teste le plus fabuleux ordinateur, mon cerveau. Ouais! c'est ben beau la mémoire, mais je crains que le vif du sujet manque d'odeur, pourtant je n'veux pas que certains souvenirs jaunissent comme des feuilles d'automne. Je me borne à les garder en vie avant l'hiver.

J'me souviens d'mon enthousiasme en arrivant à Lascaux, je n'tiens plus en place, surtout en ouvrant la porte d'la voiture pour courir au premier café afin de commander un Perrier citron. Ouf! La soif c'est pire que la faim, évidemment quand on sait qu'on peut manger.

J'y suis bel ange, au centre de ta recherche passionnée sur les origines de l'homme. À quelques kilomètres des cavernes de Monsieur Cro-Magnon et Madame "Cro-Mignonne". Malgré la température écrasante, on se précipite au guichet pour l'incroyable visite. Déception, la réalité touristique a ses interdictions.

Impossible d'entrer dans cette
galerie préhistorique afin d'admirer les premières oeuvres d'art de l'histoire humaine. L'homme d'aujourd'hui le contamine par le seul fait d'y respirer. Quand on y pense c'est presque une tragédie. La visite d'la reproduction du site historique est dans presque une heure... Ouais! On y va-tu pareil pour l'aperçu d'une merveille pis la route est longue de Saint-Henri jusqu'ici.

C'est sûr, après le tour du musée on accepte mieux notre déception. Je remercie silencieusement ceux qui ont pris l'initiative de mouler sur l'originale cette grotte, qui est un sanctuaire. Malgré la fausseté du décor, la beauté originelle transfigure ce lieu.

Y'a d'quoi chialer en regardant le génie de ces créateurs qui peignaient déjà en 3D un oeuvre monumentale, en risquant leur vie, dans des conditions pour le moins rudimentaires, il y a 17 000 ans... seulement. C'est sûr que c'est récent, puisque les dinosaures sont vieux de deux cents millions d'années et le premier homme (l'Homo habilis), qui vivait en Afrique, a deux millons d'années.

L'homme de Cro-Magnon est moderne, il a le même aspect physique que nous, nous ne verrions aucune différence entre lui et nous en le rencontrant sur les Champs-Élysées, ou la rue Saint-Denis. Hum! en serait-il de même pour lui? Il a la même intelligence... Minute! il serait plus juste de dire que nous sommes tous des hommes de Cro-Magnon, ce qui nous anoblit, c'est sûr.

Rêveuse, le coeur débordant d'émotions, mon état d'âme se laisse guider par la nature sublime. En suivant un cours d'eau des plus romantiques, je suis en amour avec c'qui m'entoure et j'me retrouve sans l'avoir cherché devant un
château de conte de fées.

L'alliance amicale.

Le lendemain rendez-vous dans le Gers. Retrouver mes merveilleux amis après si longtemps, Suzanne et Fred Mella, c'est remercier la vie d'être là à leurs côtés. Ils sont toujours aussi rayonnants. Leur tendresse comme leur générosité n'a que faire de la mesure. Que ça fait du bien de les serrer dans mes bras avec le battement du coeur au bout des doigts. Nous sommes leurs invités à l'
auberge des étoiles.

Des cavernes au firmament, le "switch" me donne l'ivresse de respirer dans ton cou. J'te mords juste un peu afin d'entendre une plainte sensuelle exprimant un mal d'animal humain. C'est évident que nous avons passé la soirée les regards rivés vers l'univers.

Il n'y a pas eu d'étoiles filantes, du moins j'en ai pas vu, mais j'fais le voeu, que cet instant s'imprègne en moi au delà du temps. Quand j'repense à cette soirée, j'reste persuadée que toutes les étoiles, même les planètes, se donnent rendez-vous au-dessus de cette colline environnée de vignes et d'air pur.

Avant de rentrer sur Paris, je savoure des heures d'enchantement chez l'amie de Suzanne "Avon", oui oui la vraie! L'invitation de Monique Leyrac dans l'immense jardin de sa demeure est d'un tel ravissement que le campari me semble sucré.

Avec son porte-cigarettes et son regard perçant derrière d'immenses lunettes, elle échange avec classe des souvenirs de jeunesse d'une telle précision, que ça m'cloue l'bec. Ces deux bellissimes ladies m'en imposent avec leur histoire qui devient la nôtre.

Le langage de leur mémoire est un bouquet de poésie où l'humour s'amuse avec le charme. Le coucher d'soleil est sublime, comment peut-il en être autrement pour s'imposer derrière ces deux dames radieuses? Fred et Richard deviennent des photographes passionnés devant le tableau d'un
inoubliable dimanche après-midi entre amis.

Près de la tour Eiffel, je reviens sous le toit ravissant d'Isabelle. Cette championne est un point de mire où l'élégance du coeur est naturelle. Les jours passent aussi vite que
le tour de France où les cyclistes finissent leur course épuisante devant nos regards admiratifs et compatissants.

À chaque fois que j'quitte Paris, même si je sais que j'y reviendrai (si l'avion tombe pas), mon feeling amoureux se ravive dans des coupes de champagne au café Marly. La beauté de cette ville fusionne avec l'amitié que j'y retrouve. Oh! Paris mes amis, mes amours.

Retour à "on".

La nomade devient sédentaire. Dormir dans son nid après tant de mois à l'hôtel après un feu, c'est une forme de paradis sur terre, surtout dans des draps de coton égyptien. Mais j'peux pas dire que j'prends ça un peu plus cool.

L'angoisse me ronge les ongles. Tous, que ce soient ceux des mains ou des pieds, tous y passent. Dommage que j'n'arrive pas à toute me manger, comme ça je n'aurais pas à prendre la décision de faire un show, au printemps ou à l'automne. Bonhomme, Bonhomme sais-tu jouer?

C'est insupportable cette peur de vous revoir et j'sais pas d'où vient ce paradoxe. Ce chemin de croix s'impose à chaque fois. Quand j'dis que j'sais pas d'où ça vient, disons que j'le sais un p'tit peu. J'recommence à chaque fois une autre histoire, j'arrive pas à m'asseoir sur ma carrière, disons que j'l'ai pas dans l'cul. Cette fois, j'crois bien avoir trouvé un lieu fabuleux pour vous accueillir.

Eh oui! j'deviens un monstre, sacrée pénalité pour qui a besoin d'ailes pour voler vers son public. J'suis ravagée par l'émotion qui m'laisse aucun repos devant n'importe quelle situation. Rire et pleurer en même temps, avez-vous déjà essayé? Oublier d'avaler jusqu'à étouffer, comme si l'instinct ne fonctionne plus quand mon cerveau veut éclater d'idées.

Ces belles envolées d'amour qu'vous m'inspirez sont bousillées par le trac qui matraque l'insomniaque jusqu'à l'arnaque. Calme-toé la Dufresne, c'est le processus normal. Normal? J'peux plus l'supporter, ou m'supporter. L'intensité a des limites. Des limites, ben voyons, tu prétends qu'tu veux les dépasser. L'outsider n'a que faire des frontières. Vaut mieux s'casser la gueule royalement que de réussir tranquillement.

Alors pourquoi m'inquiéter. J'tiens à vous revoir au summum de moi-même, n'êtes-vous pas les élus de ma destinée?

Maquillée ou pas, j'suis loin d'une fée pour tout transformer à la baguette, mais y'a rien d'sorcier à souhaiter l'miracle qui serait d'inventer du jamais vu ni connu. À regarder
l'étalage de citrouilles au marché Atwater, j'vois bien qu'le système est bien organisé, chaque période de l'année a sa fête.

Oh mais! j'ai du retard en avance, l'arbre d'la Place Ville-Marie est déjà installé. Tiens tiens, j'vous ai à l'oeil, où sont les coeurs de la Saint-Valentin? Tant pis, tant mieux, au Québec tout est prétexte à fêter, c'est pas exceptionnel ça? Allez, standing ovation!

Chère gro-gnonne, qu'est-ce qu't'as à vouloir trouver d'autres formes, d'autres normes, autre chose qui vient bousculer ton bien- être, ta paix intérieure comme extérieure?

À chercher un événement différent, j'vais sûrement finir par tomber d'dans et faire fuir certains collaborateurs qui n'voudront pas de cette sueur. En attendant, il n'y a plus d'pause, j'ai rendez-vous avec vous. Coûte que coûte ce qu'il en coûte, j'suis en route et j'profite de cette autoroute pour vous signaler une aventure où vous êtes le leitmotiv dans mon imaginaire.

Le show-business tire de la patte, que dis-je, s'étire dans son autosuffisance. À vouloir se vendre comme du manger, les chanteurs finissent par se faire bouffer. Hip hip hip ! Hourra! j'l'ai pas digéré, il y a belle lurette, la bobinette cherra! Mon indigestion aiguë est passée. Oh mais! pourquoi ne pas en rire jaune? D'accord, l'humour c'pas une joke. Voulez-vous une bonne recette? Prenez une bonne dose de bêtises, faites-la monter jusqu'à l'aliénation, vous obtiendrez une province morte de rire.

Si j'me mets encore en criss, c'est qu'y m'reste d'la santé pour agir. C'est ça du caractère, que ça plaise ou pas. Du meilleur jusqu'au pire,
j'veux nourrir l'énergie positive qui m'pousse sur la corde raide. Dangereux pour l'équilibre, et puis? Que m'importe la maudite peur, faudra bien qu'elle s'écrase devant ma ferveur.

Que faire de la crainte de ne pas être à la hauteur, disons que j'vais me dresser au delà d'mon possible, j'verrai bien si j'vais r'bondir. Et le fameux délire, bah! j'en suis toujours revenue saine et sauve. J'veux vivre passionnément afin d'me retrouver bien réelle, face à vous.

Imaginez que notre prochaine rencontre devienne une oeuvre. Avec toutes les émotions que nous avons partagées, pourquoi ne pas inventer un art? L'art de se manifester, de vous aimer de part en part. J'profite de tout c'que j'ai à vivre.

J'me rends attentive, sélective, j'vise l'exceptionnel en souhaitant que ma disponibilité ne se concentre qu'en direction de mon cher public. Je vous désire très près de moi, presque dans mes bras, je vous embrasse déjà.

Décembre est déjà là, comment ça? Novembre n'existe pas, ne le saviez-vous pas? Le mois des morts, on tient ça mort. D'ici là,
on s'verra p't'être au théâtre.