Suite de outsider...

Le MAC.

Le 14 juillet. Sortez votre drapeau bleu blanc rouge, c'est l'premier jour de résidence au Musée d'art contemporain de Montréal. Wow ! À quelle heure as-tu fini en studio pour te parer de ces couleurs, le rouge est trop marqué. Alors du blanc, comme une page dénudée. Bel amour, tu entres accompagné de ton équipe de sculpteurs du " Septième Art » à la salle Beverley Webster Rolph. Les muscles préparent le rêve. En r'gardant ce carré vide, j'suis en état d'ivresse à la seule idée d'me faire environner par toi pendant des mois. Sans que tu l'remarques, j'regarde tes doigts. Ils créaient, y'a quelques mois, une maquette, le piano-éventail miniature qui s'en vient prendre toute sa démesure dans ce lieu qu'nous allons habiter.

15 juillet. Entrée officielle au MAC. Mes amis André et Loui m'accompagnent pour marquer cette date que je n'pourrai jamais oublier.

Caméra, on tourne.

La grande porte du garage s'ouvre pour laisser entrer l'truck qui apporte, en pièces détachées, des panneaux d'matière à installer afin d'monter le monastère que t'as dessiné. La carmélite entre en extase dès qu'tu recules le camion rempli de ces immenses cartons qui feront de quatre murs une œuvre qui sort de notre imagination. Une poussée de désir m'secoue. J'voudrais te manger tout rond, même avec le camion. Attention ! Les grosses roues sont terribles pour la digestion. En tout cas, c'est une des plus belles journées d'ma vie et qu'importe mon souvenir de première communion. Cette première communion ne se fait-elle pas avec toi ? Nous allons créer ensemble, pour nous c'est une révélation. Avec un immense sourire, tu portes des semaines et des semaines de travail intensif qui ne sont qu'un commencement à c'qui nous attend dans les mois qui suivront.

 

Ça roule toujours.

Quand j'appelle Scott Price, j'suis rassurée : il pourra jouer. J'lui propose " Les Fantômes de l'amour "Scott embellit la musique de ses " syntés "Son arrangement provoque c'que la musique classique impulse, l'image. Un classique contemporain. Les fantômes sont là, remplis d'amour dans ce château hanté. De ses doigts, il présente une histoire sur son clavier. Sa recherche de sons est si riche qu'on a pu faire plusieurs mixes différents. Sa tête de chérubin de grand garçon exceptionnel fait de " J'vieillis » un accompagnement dépouillé, contrôlé. Bellissimo.

Bientôt six heures, cette fois j'veux être en avance pour accueillir André Gagnon qui, à son tour, vient enregistrer. Bien sûr, il est à l'heure sans chichis avec Smarties. Cher André ! Dans l'univers du show-business, c'est l'premier musicien qui m'a offert une chance. Toute
une chance. Grâce à lui pour la première fois, j'ai cru que j'pouvais faire une carrière de chanteuse. Il y a de ça trop d'années, j'avais demandé à cette star de m'accompagner à Saint-Jérôme. Vous connaissez ? Pour ceux qui vivent en dehors du Québec, c'est un village dans les Laurentides. Laurentides ? Ça n'vous en dit pas ben ben plus. Entéka. Étant donné sa notoriété, André aurait pu refuser d'accompagner cette jeune chanteuse presque inconnue et trop timide. André Gagnon se laisse séduire par les voix. Jamais je n'oublierai cette soirée. En boni, j'ai rencontré l'auteur qui allait m'écrire pendant des années des textes inoubliables de chansons. Bref...

André est là. Ma gratitude se mesure à l'incommensurable. J'lui avais apporté un texte, il y a quelques mois, " Le 304 "Il a fait une musique qui rejoint l'âme. Derrière la vitre, il est prêt tout d'suite, y peut pas supporter l'attente. J'prie mon père pour qu'il écoute, du paradis, cet artiste qu'il aimait tant. J'n'ai pas besoin d'm'adresser aux anges, j'les entends déployer leurs ailes dès les premières notes que joue ce mélodiste d'exception. Je pleure de joie " plussss » d'un trop-plein d'souvenirs. Il n'y a rien à ajouter, si ce n'est que d'offrir cette nouvelle chanson qui a plus de vingt ans d'vie, dans l'univers où se trouve l'aile d'Émile Nelligan.

 

Mes ailes au MAC.

Cette fois mes ailes sont installées à l'entrée du Musée d'art contemporain sur la rue Sainte-Catherine. En tant que membre de l'équipe de " Progressif », j'suis là pour vérifier la fameuse banderole de vingt pieds. Ouais ! trop foncée, pis est-ce qu'on lit mon nom facilement avec ces nuances bleutées ? Ai-je besoin d'une loupe ou me faut-il un nouvel examen d'la vue ?

Mon ange demande gentiment à un passant si y peut lire c'qui est annoncé sur l'immense banderole. Évidemment ça fait bien des anges à r'garder.

En m'fixant droit dans les yeux, pour exprimer un peu son impatience de s'faire arrêter en pleine marche, le jeune homme dit trop fort : "Ben voyons, c'est Diane Dufresne. » J'suis su'l'bord de sursauter, quand il continue de s'adresser à moi, comme si j'étais pas moé et qu'j'avais toujours été là, ailée, à l'entrée du musée. Drôle de feeling, c'est malin, surtout très subtil cette demande, style" voyez-vous qui j'suis ? » Est-ce " l'art de s'faire remarquer » ? Bravo ! c'est réussi. La langue cachée dans ma poche de jeans, j'me sens à la limite fautive d'être si exposée.

J'regarde la Catherine qui s'laisse transformer pour le Festival international de jazz. Dans quelques jours les automobilistes montréalais seront pris en otages, prisonniers des " festivaux "Pour moi, pu moyen d'reculer, même intellectuellement. "Si ça fait pas, j'y vas pas . » Fatalement, je n'peux plus contourner le rendez-vous de ce 20 août. Le public devient au fil des jours ma plus grande réalité. Cette fois, j'ai un nœud dans l'estomac. Où est Cendrillon pour me détricoter ?

 

 

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