Electrique 4a


Elle lâche un cri, ferme l’ordinateur d’une pichenette, se lève d’un bond. Ses cheveux jettent des étoiles, son rouge à lèvres brille comme une sirène d’ambulance, ses yeux déverrouillent les tiroirs intimes. Elle est belle dans toutes les directions, réussie dans toutes ses parties. Certains la mangeraient sans ustensiles, d’autres lui feraient volontiers des simagrées sous ses collants. Elle les regarde tous, sa voix les électrocute : « Quoi, vous voulez mon hologramme ? Soulevez votre cybercul, lâchez les pitons. Tant qu’on est vivants, vivons...»
Elle sort comme une bourrasque. Les écrans pètent sur son passage, les cafés refroidissent, les slips se gonflent. Elle entraîne dans son sillage des hommes blancs comme des lavabos, des femmes maquillées comme des voitures volées, des jeunes qui hormonent, des vieux qui penchent.
Dehors, le soleil bande, le parc jouit. Elle, la femme électrique, perchée sur ses talons aiguilles, tient la main d’une petite boulotte qui hoquette de peur.
Jamais la petite boulotte n’a vu ça : la nature en orgasme. Elle ne savait même pas que ça existait pour vrai, la nature. Elle croyait que les arbres rieurs, les fleurs en sueur, les oiseaux jacasseurs, les parfums prometteurs étaient une invention de l’ordinateur.
La femme électrique étend les bras : « Regardez, regardez avec vos yeux, avec vos mains, avec votre peau... Sachez ce que vous manquez quand vous tapez comme des enragés sur vos claviers jusqu’à vous blesser. »
Il y a des rires, des pleurs, de minuscules recommencements du monde, un homme mange de la terre, une femme console un écureuil, un couple fait des culbutes et des vrilles sous les buissons. On se laisse bercer comme des bébés, on s’en pourlèche les babines, la mort est morte, la vie est sur son 31.
« Allez, maintenant on rentre », dit la femme électrique.
En grappes joyeuses, tout le monde retourne au Café électronique. Sauf la petite boulotte qui fuit dans les bois...