Electrique 3b
La porte des toilettes claqua, faisant tressaillir les internautes à leur clavier respectif. Comme un frisson dans leur dos, passa derrière eux une silhouette hirsute, l'humeur sombre et assassine, la narine frémissante, de noir vêtue, des verres fumés jusqu'aux jeans élimés,en passant par la casquette, les gants et les bottes trouées.
Il jeta un coup d'oeil mauvais à quelques gens qui semblaient se donner un genre, sur fond de petit écran et de murs aux camaeux de jaune; bousculant les clients sur son passage, renversant le plateau de la serveuse néo-disco-punk sans s'excuser pour le verre de jus d'orange frais pressé qui s'échappait maintenant dans toutes les directions. "Pourriez pas faire attention?" lança la serveuse.
"à part ça", ajouta-t-elle, remarquant une traînée de poudre blanche sur la moustache du sombrepersonnage, "Les toilettes, c'est pour les clients, pas pour les "cokés" comme toé! Sacre ton camp avant que j'te crisse mon poing su'l nez, pis qu'tu puisses pu t'en servir." Les bras en plan, elle regardait l'autre s'éloigner pour sans doute recruter un autre client; elle les voyait venir et partir pour loin, ces jeunes désaxés du centre-ville qui lui rappelaient son adolescence gâchée par le désespoir et la dope.
Elle songeait à toutes ces queues qui avaient laissé plané le spectre de la mort sur sa vie instable, en la labourant pour quelques foudroyants sillons de poudre blanche. Elle se sentait triste pour cet inconnu sans rien savoir de sa fugitive histoire. Elle baissa les yeux et trouva les éclaboussures de jus d'orange décidément bien belles sur les tuiles vert mousse du café.
Michel Langlois
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